Arctic Monkeys, 4 garçons dans la bruine

Le 30/01/2012 à 17:30, Antoine Mairé
Arctic Monkeys, 4 garçons dans la bruine

L'histoire n'aurait pas dû s'écrire ainsi. On aurait dû les ranger parmi les feux de paille innombrables de la frénétique industrie du rock anglais, continuer à les appeler « Artic Monkeys » ou « The Arctic Monkeys » (démonstratif stigmatique des groupes revival du début du 21e siècle), et sceller le tombeau de leur succès en 2008, après deux premiers albums qui auront marqué leur époque. Mais le quartet de Sheffield a duré, avec constance et évidence, devenant une valeur sûre du rock contemporain. Voire un peu trop sûre.

>> Retrouvez Arctic Monkeys en direct de l'Olympia le 3 février 

Après seulement cinq années d'activité discographique, Arctic Monkeys semble désormais faire partie du paysage rock, comme Claude Berri fait partie des remerciements aux Cesars. Étrange paradoxe d'un groupe à qui tout réussit et qui a peut-être trop vite grandi. Elle est loin l'image d'Épinal des ados du Yorkshire qui transposent le lugubre quotidien du nord anglais dans un rock fiévreux. Leur chronique est alors plus lucide que violente, plus amère que rageuse, parole d'une jeunesse plus polo Fred Perry que maillot Éric Cantona. Les Monkeys avaient déjà à leurs débuts ce recul qui protège de l'échec, quand la carrière des Libertines (par exemple) va progressivement se calquer sur le scénario d’un mauvais soap-opéra.

Et puis il y a ce leader, Alex Turner, dont les épaules semblent porter un destin dans l'histoire du rock davantage que des bras tendus dans la gueule de son prochain. Punchliner pointu, maniant avec malice des expressions inconnues des dictionnaires, il n'a cessé en cinq ans d'affirmer son talent que ce soit avec Arctic Monkeys, son projet parallèle Last Shadow Puppets avec son ami Miles Kane, ou seul pour une B.O. (Submarine).

Bons élèves maîtres de leur carrière, après deux premiers albums, manifestes adolescents à succès (Whatever people say I am, that's what I'm not et Favourite worst nightmare), les Monkeys ont mûri. En 2008, désireux de se renouveler, ils retrouvent le frontman des Queens Of The Stone Age, Josh Homme, dans son ranch californien, afin d'élaborer le troisième album, Humbug. Le choix de l’Homme est-il un hasard ? Entre QOTSA, Eagles Of Death Metal, les Desert Sessions où il accueille la crème de la crème, et ce projet de « petits pois » avec John Paul Jones (Led Zeppelin) et Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) en gestation avant de s’affirmer comme Them Crooked Vultures, Josh Homme est en 2008, du haut de ses 2 mètres, l’incarnation la plus vive et indiscutable du rock’n’roll. Pour les jeunes Britons, se placer sous l’aile du monsieur, c’est entrer dans la cour des grands sans rien perdre en crédibilité. Au contraire de mômes de la pop anglaise, Arctic Monkeys devient un groupe de rock, pas celui des pubs, mais le vrai, le transatlantique, LE Rock.

Sur Humbug, le groupe développe un style qui est encore prégnant sur Suck it and see, sorti en juin dernier. L'énergie a été troquée pour un affinage de chansons plus épaisses, mais aussi plus éduquées. Vitesse réduite, couplets lents suivis de refrains entichés de gimmicks « ouh ouh yeah », solos mis en point d'orgue et voix trainante et grave. Les textes ont également évolué au fil des albums, tendant vers plus d'abstraction que d'observation du quotidien, mais sans changer de manies : mélancolie des soirées ratées, des amours contrariées, politique nulle part, œil vif et mots aiguisés partout. 

Au regard de ces cinq années de succès, la carrière des lads de Sheffield ressemble à un bac +5 avec mention. Comportement exemplaire et travail assidu. Sans doute trop assidu, tant le public a besoin patienter entre deux albums. Des études de premier de la classe pendant lesquelles ils ont mené la génération MySpace sans contestation ni vague mais avec diplôme en poche. Celui de pouvoir reprendre le flambeau d'Oasis tant dans la facilité des mélodies nostalgiques que comme rouleau compresseur à stade — en s'économisant des frasques mal buzzés.

Sur le bulletin, on pourrait trouver ce qui manque encore aux Arctic Monkeys pour accroître une empreinte déjà bien distincte dans la route du rock : une absence de cicatrices, de ces échecs qui font mieux rebondir. Comme une nostalgie de ces pustules qui ornaient leurs visages de débutants. Ou tout simplement un tube, objet disparu depuis le deuxième album.

Il y a un lieu où ce professionnalisme peut néanmoins fonctionner à plein : sur scène. Parce que la maturité sait s'accomplir face au public. Le groupe a acquis prestance physique et précision sonique, et la fraicheur des débuts a été conservée dans le formol de leur évident plaisir à jouer. C'était notamment le cas lors du dernier Rock en Seine où ils ont remporté l'adhésion même des plus réticents. Cela pourrait se reproduire vendredi 3 février à l'Olympia et en direct sur ARTE Live Web, où, malgré les années, malgré cette légère baisse de l'excitation à l'évocation du groupe, Arctic Monkeys avec deux « c » et sans « The » démontreront qu'ils n'auraient jamais disparu en 2008.

Photo alexcore

 

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J'adore cette danse tout simplement
Merci pour cet article, j'ai fait un petit site web qui est consacré à la kuduro dance exclusivement
Bonne continuation
love kuduro !!!
http://www.kudurodance.com

ricardo,
dans Bouge ton Kuduro

Mille mercis pour toutes ces informations, dont la plus succulente fait mention de l'influence non négligeable du cultissime JCVD dans la genèse du mot kuduro. Quant à la performance du Buraka, tout simplement colossale!

A quand des opéras russe en France comme "le prince Igor" de Borodin ou "le coq d'or" de Rimsky-Korsakov ?! On peut plus se contenter de Tchaïkovski!

On vient de le recevoir. Il sera disponible demain.

Je ne trouve pas le concerto pour violon de Tchaïkovski, donné hier 5 février par une violoniste exceptionnelle. Quand le mettrez-vous en ligne? Merci.

Ysabelette,
dans Bons baisers de Russie