
Oubliez bains de lune, mouches et perruques, le baroque n’est plus ce qu’il était. Relique d’un monde qui change, le XXIème siècle lui offre de nouveaux horizons. Les inconnus sont ranimés et les Vêpres de Porpora côtoient les Cantates de Bach.
Alors que les festivals - estivaux ou pas – lui ouvrent leurs portes, le chouchou des Roys nous dévoile toutes ses couleurs.
Rappel en rococo
Descendant de la Renaissance, le baroque naît en Italie au début du XVIIe siècle. Monteverdi lui donne un visage, son Orfeo une voix. Clavecins, luths, théorbes et violes de gambes font de son timbre cette sonorité si particulière.
En quelques années, le genre dépasse les frontières et les rivalités musicales s’éveillent. La France de Lully, la Grande-Bretagne de Purcell et plus tard l’Allemagne de Bach entendent bien freiner le succès des compositeurs italiens. En vain. L’Italie des XVII et XVIIIe siècles ne ressemble à aucune autre. Avec elle, les théâtres des villes s’animent. Du parterre populaire aux plus prestigieux balcons, chaque soir les Italiens s’y retrouvent pour entendre jouer et surtout chanter les plus beaux airs de l’Opera Seria de Vivaldi à Porpora, en passant par Scarlatti, Garsparini ou encore Bellini. Loin de la bienséance française ou anglaise, les cris, les saluts et les rires envahissent les auditoriums, couvrant parfois même le chant des artistes. Indécence, excès, libertinage. L’Italie de Vivaldi n’est pas la plus sage, et c’est peu de le dire. Mais lorsqu’une voix ou un musicien hors du commun entrent sur scène, les tumultes cessent pour saisir cet instant de grâce.
Le sacre des anges
L’ère baroque est aussi celle des castrats. Et l’Italie n’est toujours pas en reste. Les conservatoires napolitains formeront les plus grands chanteurs. Un en particulier : Carlo Broschi, l’immense “Farinelli”. Sa voix étonnait même les plus réfractaires. Et son maître Mancini d’écrire : “Sa voix était considérée comme une merveille car elle était si parfaite, si puissante, si sonore, si riche dans son étendue, à la fois dans les registres aigus et graves, que son égale n’a jamais été entendue de nos jours.”
La voix du castrat allie l’aigu de la soprane à la puissance du ténor. Avec elle, le lyrisme devient un art premier. Les compositeurs leur réserve leurs meilleurs rôles. La cabriole vocale est sans limite. Et pour accompagner la voix des anges, quoi de mieux que les violons de Crémone ? Amati, Guarneri, Stradivari, autant de violons et autres violes que s’arrachent les grands rois.
Mais la renommée des castrats attisa toutes les convoitises. Les railleries ne tardèrent pas à se faire entendre. Ange ou chapon, faites votre choix. Le castrat, tu l’aimes ou tu le détestes. La Reine Christine de Suède ou le Roi Louis XIV, parmi les plus grands mécènes, s’opposèrent ainsi aux détracteurs, dont le plus farouche : le Pape Innocent XI. Et les castrats n’eurent pas tous la vie facile. Un réel marché noir de la castration s’était d’ailleurs créé et bon nombre d’enfants mutilés pour les desseins avides de leurs parents, vécurent dans le plus pur anonymat. Le faste baroque avait ses zones d’ombre que les Lumières entendirent anéantir. Les ères classique puis romantique sonnèrent le glas des châtrons. Le dernier, Alessandro Moreschi, disparu en 1922, fut le seul dont nous avons quelques enregistrements.
Farinelli à Beaunes
Trois-cents ans après le sacre des anges, Christophe Rousset et son orchestre Les Talents Lyriques, invités consacrés du festival du Beaune, rendent hommage à cette époque révolue. L’ensemble et son directeur avait déjà enregistré la bande-son du film de Gérard Corbiau consacré à Farinelli. Ils revisitent cette fois les œuvres de Porpora et Haendel chantées par le castrat.
C’est la mezzo-soprane suédoise Ann Hallenberg qui partage la scène avec les Talens Lyriques à Beaunes. Qui aujourd’hui peut interpréter le baroque et lui redonner son lustre ? Castrats et clavecins ne partagent plus aujourd’hui notre quotidien, mais les formations sont plus nombreuses que jamais : les orchestres comme les ensembles dirigés par Jordi Savall, les 24 Violons du Roi de Versailles ou encore l’Orchestra of the Age of Enlightenment de Londres rassemblent de magnifiques instruments d’époque. Leurs timbres insoupçonnés font voyager les spectateurs.
Quant aux chanteurs, contre-ténors, sopranistes et autres contraltos donnent le change. La voix de coffre du castrat est aujourd’hui remplacée par une voix de tête, sans doute moins puissante, mais toute aussi divine. Et ses interprètes ne s’en cachent pas. Le contreténor Philippe Jaroussky, Chevalier des Arts et des Lettres, est l’un des faussets les plus télévisés actuellement. Son dernier album Vivaldi Opera Arias nommé Diapason d’Or 2007 fut un succès.
La virtuosité de ces voix inouïes est bouleversante.
Inédit chéri
Si la crise du disque bat son plein et se complait à détruire petits et grand, une espèce survit : la rareté. Eh oui, dans ce monde où la musique est accessible à tous, seule l’exception a sa place. C’est là que le baroque a un avantage certain sur des répertoires plus balisés et beaucoup plus souvent interprétés.
Christophe Doinel, dircom du Centre de musique baroque de Versailles (CMBV), est formel : jamais l’inédit baroque français n’aura tant séduit qu’aujourd’hui. La curiosité des passionnés est aux aguets. Les concerts fascinent et leurs enregistrements se vendent dans le monde entier. Et Christophe Rousset d’enchérir, « Le baroque a franchi toutes les étapes ». Les doutes qui trahissent aujourd’hui le secteur classique échapperaient-ils à l’univers baroque ? Un énième Chostakovitch n’émoustille plus toujours, quand Lully déplace les foules. Le succès de son Attys célébré à l’Opéra-comique de Paris le 18 mai dernier après des années d’absence, était à la mesure des attentes de son public.
Une chose est sure, le registre des rois poudrés n’a pas fini de surprendre. Ses interprètes sont archéologues. La musique est leur trésor. Et ils profitent d’un public vaste, qui peut venir autant pour ces raretés que pour les incontournables du genre, Bach et Vivaldi en tête. Si l’amateur baroque se délecte de l’inconnu et ne se déplace pratiquement que pour lui, il est amusant de constater que l’auditoire des incontournables vient rarement pour écouter du “baroque” mais bien pour entendre jouer Les Quatre Saisons.
C’est que le baroque est certainement le registre le plus accessible du monde classique. Le genre ne requiert aucune éducation particulière. Les symphonies sont exaltantes et les opéras enivrants. Sur scène, les textes parlent d’eux-mêmes et la virtuosité des voix donne à l’ensemble une touche de sacré. Comme le dit Alain Duault dans le dernier Classica, « C’est la musique vivante qui procure les plus grandes émotions ». Et l’effet est sans commune mesure sur les petites oreilles.
L’enfant des festivals
Le baroque a ses formations, ses instruments, son public, parfois même ses salles, mais surtout, le baroque a ses festivals. Un en particulier : Beaune.
Le festival de Beaune est sûrement le festival de l’inédit baroque par excellence. L’inconnu est sa marque de fabrique. Chaque année, ses antiquaires d’interprètes dénichent quelques œuvres oubliées, au plus grand plaisir des spectateurs. Et ces derniers le savent. Ils ne viennent d’ailleurs que pour ça. Amoureux du genre, ils ne demandent qu’à enrichir leur répertoire. Et ça marche.
Le Bellerophon de Lully, créé pour la première fois à Paris en 1679, n’avait plus été donné depuis la fin du XVIIIème siècle. C’est à Beaune que la tragédie a été recréée par les Talens Lyriques en juillet 2010 puis à l’Opéra Royal de Versailles au mois de décembre.
Le sacre de Persée en 2001 fait lui encore parler de lui. Beaune raffole de l’Opera Seria italien, mais aime aussi consacrer les oeuvres britanniques de Purcell (Didon et Enée en 1988 et 1995), ou espagnoles de Literes (Acis y Galatea en 1999), ou encore françaises de Campra (L’Europe Galante en 1993), Desmarest (Didon en 1999) et, comme on vient de le voir, Lully. Le côté festif de l’évènement ne fait qu’ajouter au ravissement de l’auditoire.
Bien sûr, d’autres festivals célèbrent le baroque : Sablé-sur-Sarthe, Le Pays du Mont-Blanc, La Chaise-Dieu... Chacun a son identité, sa griffe et partant, ses amateurs.
Saintes se tourne davantage vers l’univers germanique. On met ici en avant le sacré. Bach, Haydn, mais aussi l’Allemand bien moins connu Buxtehude, sont au programme pour 2011.
Prenez Ambronay. Son ambition ? La transmission d’un savoir. La ville a sa propre académie et pas des moindres : l’Académie baroque européenne d’Ambronay, dont les aspirations sont tournées vers les jeunes générations, le partage, l’échange... Doublée d’un Comité scientifique, l’Académie ne fait pas les choses à moitié. Le baroque est ici une science dont il convient de respecter les conventions. Fort de cet environnement académique des plus pointus, le festival estival partage avec ses spectateurs les réflexions de ses instigateurs. Bach sera cette année au centre de toutes les attentions… et diffusé sur ARTE Live Web.
>> Crédit Photo : Christophe Rousset par Éric Larrayadieu
>> Retrouvez Petite Classique sur son blog
>> Le baroque au programme sur ARTE Live Web :
- les Te Deum de Lully et Charpentier au festival de Saint-Denis
- le concert Farinelli des Talens Lyriques à Beaunes
- le 1er août, Judith Triomphante de Vivaldi, enregistré à Beaunes le 15 juillet dernier à Beaunes sous la direction de Federico Maria Sardelli
- les 9 et 10 septembre prochain, le festival d'Ambronay : Magnificat et Oratorio de Pâques sous la direction de Václav Luks le 9, les Dramma per musica le 10 sous la direction de Leonardo García Alarcón

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J'adore cette danse tout simplement
Merci pour cet article, j'ai fait un petit site web qui est consacré à la kuduro dance exclusivement
Bonne continuation
love kuduro !!!
http://www.kudurodance.com
Mille mercis pour toutes ces informations, dont la plus succulente fait mention de l'influence non négligeable du cultissime JCVD dans la genèse du mot kuduro. Quant à la performance du Buraka, tout simplement colossale!
A quand des opéras russe en France comme "le prince Igor" de Borodin ou "le coq d'or" de Rimsky-Korsakov ?! On peut plus se contenter de Tchaïkovski!
On vient de le recevoir. Il sera disponible demain.
Je ne trouve pas le concerto pour violon de Tchaïkovski, donné hier 5 février par une violoniste exceptionnelle. Quand le mettrez-vous en ligne? Merci.
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