
Américains sans peur et sans reproche, Britanniques fiers de leurs couleurs et de leur passé, Français aventureux et portés sur l'électro… La septième édition de la Route du Rock hiver promet de beaux voyages dans le temps, retours vers le futur inclus.
Ah, Saint-Malo ! Son air marin vivifiant, ses remparts, les ruelles de la vieille cité hantées par les fantômes de ses corsaires, la plage Bon Secours et sa piscine naturelle qui reste remplie et chaude à marée basse… Tout ça, c'est chouette, et sent bon l'été, la crème solaire et le goémon. Surtout, ça sent la Route du Rock autour du week-end du 15 août, un rituel immuable dans le calendrier des festivals de l'année, à pratiquer de préférence en s'armant d'un maillot de bain et de bottes, les deux pouvant s'avérer utiles lors d'une même édition. Sauf que depuis 2006, une édition d'hiver vient s'intercaler histoire de patienter entre deux plaisirs estivaux annuels. Ce qu'on sait moins, c'est que ces soirées d'hiver en ville renouent avec les premières heures de la Route, cette belle époque où quelques Malouins aventureux offraient un festival à un centre ville qui allait devenir, au bout de trois éditions, trop exigu pour accueillir une affiche plus ambitieuse qui trouvait refuge au Fort de Saint-Père. Laboratoire d'une valeur sûre des festivals d'été, la collection hiver s'impose désormais comme un défilé des nouvelles tendances que chacun portera d'ici quelques saisons. Pointue sans jamais piquer, sa programmation est un passionnant révélateur des couleurs de l'année à venir. L'hiver, c'est à l'Omnibus (jolie salle d'environ 900 places) que démarrent les soirées qui finissent à l'Escalier Club pour clubber jusqu'au bout de la nuit malouine, avec une clôture le dimanche après-midi à la Chapelle Saint-Sauveur.
Un festival, ce sont des têtes d'affiches qui encadrent gentiment des têtes moins connues. Dans cette version hiver, la différence de notoriété apparait clairement plus ténue, les frontières plus floues, chacun se rapprochant peu ou prou d'un underground idéal, parfois pas si souterrain.
Mon père, ce héros
Honneur à celui qui fut l'une des figures marquantes du paysage musical de 2011 : Baxter Dury. Certes, on connaissait le talent du fils de Ian grâce à ses deux premiers opus, certes touchants, mais qui laissaient inlassablement un sale petit goût de "peut mieux faire". Avec son troisième et lumineux Happy Soup, le fiston Dury a juste dépassé les plus belles de nos espérances, avec un disque simple, accessible et humain. En renouant avec un format court de dix morceaux vite expédiés comme au bon vieux temps du 33 tours, notre Londonien s'est contenté du minimum de bavardages tout en rendant un hommage involontaire aux belles heures de la carrière de son père. Dont il a hérité du talent, de la voix, de la gouaille et d'une tradition de pub-rock londonien qu'il transpose à travers son art de la pop fluette et imparable. Sur scène, Baxter est tout autant la classe incarnée, costard élégant, bouteille à portée de main, simplicité au bord de la nonchalance mais efficacité diabolique dans son chant. A presque 40 balais, le petit garçon qui posait en 1977 avec papa sur la pochette culte de New Boots and Panties!! est désormais passé dans la cour des grands de la pop, sans même avoir eu besoin de tuer un père qui doit désormais être bien fier de lui. On l'a déjà filmé lors de son dernier passage à Paris, et on espère bien que cette fois ce sera aussi bon.
Son père à lui on ne le connait pas. Mais ses pères spirituels sont aussi morts (Elliott Smith, Nick Drake) ou en état de décomposition avancée (Brian Wilson). Emil Svanängen est suédois et sous le nom de Loney, Dear, nous enchante depuis quelques années avec une pop sophistiquée et intimiste, juste parfaite pour cette saison qui attend désespérément que les jours rallongent. Songwriter délicat, folkman du XXIe siècle et interprète hors pair, Loney, Dear est à cheval sur la ponctuation, comme avec cette virgule posée au milieu de son nom, autant que sur sa précision scénique. En live comme sur disque, sa pop de chambre mérite la plus grande dévotion.
Côté papa, Yann Tiersen se pose là, en père intègre qui refuse la facilité et les compromissions. Enfin divorcé d'Amélie Poulain qui lui a mené une vie impossible dès que son nom a fait le tour du monde, Tiersen est revenu à ce qu'il préfère : la vie, la vraie. Celle qui lui fournit du temps pour ses rêveries et ses voyages. Après plusieurs disques très personnels et un concert épique, avec une formation monstre, à al Route du Rock d'été 2010, le voilà une nouvelle fois à profiter de sa liberté retrouvée au sein du collectif Elektronische Staubband où il (re)découvre les plaisirs pas si démodés des musiques électroniques, entouré de Thomas Poli et de Lionel Laquerrière. Entre musique répétitive, electro métaphysique et post-rock cosmique, son trip planant nous fera prendre de la hauteur sur les remparts de la ville et nous permettre d'apercevoir les lumières de Londres et Berlin.
C'était mieux avant ?
Eux sont un cas à part, car bien américains au vu de leur passeport, mais terriblement anglais par leur ADN musical. Signé sur le label Subpop, Blouse est une passionnante usine à tubes synthétiques fortement influencée par les années 80. Les fans d'Orchestral Manœuvres in the Dark, du Cure de Seventeen Seconds et de Ladytron s'en frottent déjà les ailes car ils savent que le feu sacré de l'harmonie entre pop synthétique et mélancolie est bien délicat à entretenir. Tout autant porté sur la même décennie, les Anglais de S.C.U.M. en ont retenu la noirceur des braises encore fumantes du rock gothique, le lyrisme brumeux de la new-wave version Chameleons et Echo & the Bunnymen. Les fans d'Interpol et de The Horrors devraient leur accorder une bonne note triple A, nette et sans bavures.
Eux aussi tournés vers le passé, les quatre New-Yorkais de The Men font revivre le bruit et la fureur du punk à travers une furie psychédélique hautement toxique qui doit autant à Fugazi, aux Wipers qu'à Spiritualized. Electrique, ébouriffant et hautement addictif, leur punk incandescent exige le port de lunettes de soleil. Le soleil, c'est parfois ce qui illumine les chansons tristes de leurs voisins de Caveman, cinq surfers plus habitué aux vagues de métro qui arrivent à Brooklyn qu'aux rouleaux de Coney Island. Leur premier album CoCo Beware paru à l'automne dernier est un monument à la gloire du lyrisme. On serait pas sympas, on dirait que Caveman, ça sonne comme la somme de Coldplay et The National, mais non, on n'est pas comme ça.
Originaires de Chicago, leurs deux compatriotes de Gauntlet Hair produisent une electro-pop expérimentale où Animal Collective croise la guitare de Durutti Column. Un batteur qui cogne comme un métronome, une voix perchée qui cherche à rivaliser à elle seule avec les Beach Boys au grand complet : et pourquoi pas l'une des révélations de la Route du Rock ? Plus connu du public, le toujours passionnant producteur Boom Bip fait vivre sur scène les folles embardées cinégéniques de ses albums. Du hip-hop abstrait à une electronica toute en cinémascope, toutes les issues de secours seront ouvertes pour que s'évade son imaginaire.
Ceux-là sont sans doute ceux qui auront le moins de kilomètres à parcourir pour se rendre à St-Malo. Ils sont quatre, de Caen, et s'appellent Kim Novak, comme la blonde actrice américaine dont vous êtes tombé amoureux dans Sueurs froides. Leur film, ce serait plutôt Gorges profondes, non pour des propos explicites susceptibles de leur valoir les foudres des ligues vertueuses, mais pour la voix de Jérémie qui se balade sur les mêmes trottoirs new-yorkais pluvieux que les Strokes ou The National. Après un premier album autoproduit suivi d'un deuxième sur le label indépendant bordelais Talitres en 2007 et de quelques EP, les voilà de retour via la maison de Clermont-Ferrand Kütü Folk qui a publié The Golden Mean à l'automne dernier. Quinze titres élégants et racés qui démontrent une maturité dans l'écriture et une maitrise de l'équilibre entre pop et rock, qui exigent de confirmer si la nouvelle orientation ensoleillée de leur musique rayonne tout autant sur scène.
Sunday Morning, praise the dawning
Pour les imprudents, sachez qu'une Route du Rock Hiver ne se termine pas un dimanche au petit matin. L'après-midi, le cadre solennel de la Chapelle Saint-Sauveur se couvrira des nappes ambient de l'Anglais Simon Scott tandis que l'Autrichienne Anja Plaschg, alias Soap & Skin, reproduira les plages désolées de ses deux albums et bien évidemment, de son petit dernier Narrow, dont la reprise de Voyage Voyage de Desireless résume à elle seule l'unique ambition de cette route d'hiver pleine de croisements et d'échangeurs. Voyage, voyage, tu l'as dit Anja.
La Route du Rock en direct sur ARTE Live Web :
Vendredi 17 février
20H10 : Gauntlet Hair
21H30 : Kim Novak
22H50 : Caveman
00H15 : S.C.U.M
01H30 : The Men
Samedi 18 février
20H00 : Blouse
21H20 : Loney, Dear
22H35 : Baxter Dury
00H00 : Elektronische Staubband (avec Yann Tiersen)
01H25 : Boom Bip
Et entre nous, on aurait bien aimé filmer A Winged Victory For The Sullen le 15 février (c'est pas très éloigné de notre petit chouchou Nils Frahm), en ouverture du festival à Rennes, mais ce sera pour une autre fois.
Photo S.C.U.M © 8eyedspy

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J'adore cette danse tout simplement
Merci pour cet article, j'ai fait un petit site web qui est consacré à la kuduro dance exclusivement
Bonne continuation
love kuduro !!!
http://www.kudurodance.com
Mille mercis pour toutes ces informations, dont la plus succulente fait mention de l'influence non négligeable du cultissime JCVD dans la genèse du mot kuduro. Quant à la performance du Buraka, tout simplement colossale!
A quand des opéras russe en France comme "le prince Igor" de Borodin ou "le coq d'or" de Rimsky-Korsakov ?! On peut plus se contenter de Tchaïkovski!
On vient de le recevoir. Il sera disponible demain.
Je ne trouve pas le concerto pour violon de Tchaïkovski, donné hier 5 février par une violoniste exceptionnelle. Quand le mettrez-vous en ligne? Merci.
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