Si aucun artiste espagnol n’a plus de place dans le patrimoine culturel français que Paco Ibáñez, c’est que le chanteur a passé sa vie à briser des frontières. Parce que, fils d’anarchiste sous le franquisme, il dût fuir l’Espagne. Parce qu’en tant que réfugié, le régime vichyste a refusé à sa famille la libre circulation. Parce que c’est à Paris qu’il a débuté sa carrière, entouré d’autres artistes espagnols et latino-américains. Et parce que c’est pour avoir interprété à l’Olympia de Paris La Mala Reputacion, une adaptation de La Mauvaise Réputation de Georges Brassens, qu’il dût à nouveau quitter l’Espagne, en 1971.
Pas étonnant que depuis plus de quatre décennies, les générations de collégiens français apprennent la concordance des temps espagnols au son de Mi Abuelito, sa mise en musique du poème de José Agustín Goytisolo.Pourtant, insoumis par nature, et révolté par nécessité, Paco Ibáñez a toujours refusé les honneurs de l’état français. Par deux fois il décline la médaille des Arts et des Lettres.
À 76 ans, Paco Ibáñez publie un nouvel album fin 2011, illustré par Claude Viallat (après, notamment, Dali, Ortega ou son ami Soto). Il y interprète des textes de la poétesse argentine Alfonsina Storni, du Péruvien César Vallejo, du Chilien Pablo Neruda, du Cubain Nicolas Guillen et du Nicaraguayen Ruben Dario. C’est cet album qu’il vient présenter à Arles.
À lire : Irrécupérable, le portrait de l’artiste dans le journal Libération du 13 juillet 2011
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