L'un des sommets du quinzième Vision Festival, à New York, fut sans doute atteint le 28 juin dernier par le duo offert par Wadada Leo Smith et Günther “Baby” Sommer. Un jour peut-être osera-t-on dire que Bill Evans avait tout simplement tort lorsqu'il estimait que Miles Davis avait “une sorte de beauté à laquelle on n'avait jamais été confronté avant cela et à laquelle on n'a pas été confronté depuis.” Depuis, il y a Wadada Leo Smith.
L'écoute entre les deux hommes est à son comble, à la virgule près, à l'alerte près, à la félicité près. Il faut dire que Wadada Leo Smith concentre tous les aspects d'une recherche autant musicale que sociale ou spirituelle, articulant la lancée afro-américaine et la puissance d'aspiration de l'inconnu, ou des pensées rastafari, taoïstes, soufies… Le trompettiste a parcouru notre planète : les États-Unis, du Sud (le Mississippi, où il grandit parmi les titans du Delta Blues) au Nord (Chicago, où il gagne l'AACM et développe ses concepts de “New World Music” et de “Rhythm-Unit”), d'Est (le
Connecticut, où il met au point sa méthode, l'Ankhrasmation, et publie ses premiers essais) en Ouest (la Californie où, depuis 1993, il occupe la chaire “Dizzy Gillespie” au California Institute of the Arts et a développé l'African-American Improvisation of Music Program) ; l'Indonésie et le Japon, l'Islande et finalement l'Europe.
C'est là que, entre 1979 et 1982, il forma un trio avec deux Allemands, de l'Ouest (feu Peter Kowald) et de l'Est (Sommer) : “Touch the Earth – Break the Shells”.
Il a fallu un quart de siècle et la disparition de leur ami Kowald pour que Wadada Leo Smith et Günter “Baby” Sommer renouent leur dialogue lunatique.
En deuxième partie de soirée, Lingua Franca : une création de Steve Coleman.

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